Le 17 octobre 2007 dans les colonnes de l’Union, on pouvait lire le texte suivant :
« Le 17 octobre 1987, le père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD (Aide à toute détresse) Quart Monde inaugurait sur le parvis des libertés et des droits de l’homme au Trocadéro à Paris, une dalle dédiée aux victimes de la misère. Depuis, la date est devenue celle de la Journée mondiale du refus de la misère. Vingt ans plus tard, une réplique de cette dalle sera dévoilée aujourd’hui devant le transept nord de la cathédrale de Reims. « Un geste à haute valeur symbolique. Avec cette dalle, on s’inscrit dans l’histoire, estime Françoise Ferrand, l’une des quatre volontaires permanentes du mouvement ATD. La ville de Reims et ses citoyens prennent l’engagement de s’unir et de résister ensemble contre toutes formes de pauvreté. »
Je me suis dit, blottie dans ma couette moelleuse, au chaud, chez moi : « Tous ensemble, mobilisés contre la misère. C’est très beau. »
Et là j’ai pensé au mec ou à la fille qui se gelait dehors au même moment… Je l’imaginais très bien dire « Franchement, quand tu crèves la dalle, une dalle devant une cathédrale où ça caille, ça t’apporte que dalle ! ».
Au-delà du jeu de mots un peu naze, force est de constater que ce n’est pas faux du tout. Effectivement, si l’on regarde la pyramide des besoins de Maslow, la première nécessité pour l’être humain, c’est manger, puis se loger, se laver… Les besoins d’appartenance, de reconnaissance viennent normalement après… Une fois ceux ayant trait à la survie, assouvis. Or, cette dalle, qu’apporte-elle aux pauvres, si ce n’est un « hommage » ?
Certes, chacun sait que l’Hommage nourrit ! Il nourrit l’égo, l’apitoiement public d’un jour… Qu’en est-il de l’estomac de ceux qui ont faim ?
Oui mais l’Hommage réchauffe aussi ! Le cœur… Pour les corps on repassera… La pierre, c’est froid !
Par ailleurs, ce beau monument a forcément eu un coût, aussi minime soit-il, pour le budget d’une grande ville. Bel investissement, car la dalle sera forcément plus pérenne que les quelques « modestes » repas, le logement de secours ou l’aide à l’insertion, qui auraient pu être générées pour le même prix ! Un bel exemple de « Développement Durable* ».
Cela dit, l’hiver approchant, cette pierre tombe, si j’ose dire, à point nommé : elle fera bientôt office de Monument Aux Morts, de froid ou de faim, de maladie ou de chagrin…
Et la portée symbolique pour les gens qui s’engagent réellement, me dira-t-on ? Alors, oui, en effet, avec tout le respect et l’admiration – sincères – que je leur porte, je le concède : le fameux caillou a, au sens propre, bien davantage de poids qu’une médaille.
Trêve de rage, j’aimerais simplement demander (ou espérer) un peu moins d’hypocrisie, ce qui constituerait peut-être un pas vers l’acceptation, non pas de la misère, mais des pauvres.
* Développement Durable :
« Un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.
Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de " besoins ", et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir. » Source : le Rapport Brundtland Publié par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement en 1987.
C’est aussi l’ultra-tendance depuis quelques saisons, avec le retour de la veste en fourrure…
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